Anti-pesticides à Langouët : Décision mise en délibéré

15 octobre 2019 à 3h46 par Alexandra BRUNOIS

Le tribunal administratif de Rennes a mis sa décision en délibéré... D'ici 15 jours, on saura si oui ou non il va annuler l'arrêté d'interdiction d'épandage des pesticides sur la commune de Langouët (35). Hier, une audience s'est tenue au tribunal administratif de Rennes. Soutiens et opposants à l'arrêté étaient présents. Reportage de Yann Launay

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Crédit: Yann Launay

Il avait pris un arrêté municipal pour interdire l'épandage de pesticides à moins de 150 m des habitations : le maire de Langouët, en Ille & Vilaine, a de nouveau défendu sa décision, devant le tribunal administratif de Rennes. De son côté, le rapporteur public demande l'annulation de cet arrêté, estimant que si les intrerrogations de Daniel Cueff sont légitimes, sa démarche reste illégale. Le tribunal administratif rendra sa décision dans 15 jours.

Quelle que soit cette décision, Daniel Cueff est déterminé à poursuivre le combat, même si pour le maire de Langouët, la solution n'est pas dans les tribunaux mais entre les mains du gouvernement :

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"Le président Macron a dit que j'avais raison dans mes intentions, mais que je nr'avais pas la loi pour moi... et bien qu'il change la loi... Je dis au président : interdisez ces produits, travaillez avec les agriculteurs pour des méthodes alternatives, qui existent, qui sont nombreuses, efficaces..."

Alors que l'audience se tenait au tribunal administratif de Rennes, des agriculteurs convergeaient vers Langouët, à l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. Un rassemblement pour dénoncer la brutalité de la décision du maire, et pour dialoguer. Si Daniel Cueff n'est pas venu à la rencontre des manifestants, des échanges ont eu lieu entre soutiens et opposants à l'arrêté municipal, comme par exemple entre Audrey, maraîchère bio, et Thierry, éleveur et membre de la FRSEA :

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UN DEBAT CARICATURAL

Les agriculteurs réunis à Langouët dénoncent l'illégalité de l'arrêté du maire, et dénoncent aussi un débat qu'ils jugent caricatural. Thierry Coué est éleveur à Tréal, dans le Morbihan, et membre de la FRSEA. Pour lui, arrêter les pesticides n'est pas aussi simple, pas toujours souhaitable, et demandera encore du temps :

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" On n'est pas remboursés par la Sécurité sociale, quand on utilise un produit phytosanitaire... cela nous coûte, mais c'est aussi parce qu'il y a un bénéfice pour la culture et pour le consommateur... On en a marre des débats stériles, on est au travail, mais aujourd'hui on a aussi besoin d'argent pour la recherche, pour améliorer nos pratiques, mais tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts..."

Des arguments réfutés par Daniel Cueff :

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"Je pense que les agriculteurs ne sont pas au fait des dangers des pesticides, c'est ce que je constate tous les jours... Il n'y a pas à attendre demain ou après-demain, d'ailleurs j'ai pris mon arrêté le 18 mai alors que tous les épandages étaient finis, cela leur donnait un an pour trouver des solutions... certainement, qu'il faudra les aider, mais les solutions ils les connaissent..."

UNE INTERDICTION QUI DOIT ETRE ETENDUE

Les agriculteurs réunis à Langouët demandent de la concertation, mais pour Joël Labbé, trop de temps a déjà été perdu. Le sénateur morbihanais est l' auteur de la loi qui interdit l'utilisation de pesticides par les collectivités et les particuliers. Une interdiction qui pour Joël Labbé doit maintenant s'étendre au monde agricole :

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"Il y a suffisamment de preuves à charge, et puis les alternatives sont en place et peuvent fonctionner... Je ne jette pas la pierre aux agriculteurs, pour moi ils sont aussi victimes et de leur système et de leur syndicat... Derrière il y a tout le système fait par le gros syndicat, les grosses coopératives, les grosses firmes : tout cela fait système pour que l'on ne change pas de modèle, alors qu'il est absolument nécessaire d'en changer..."

Pour sortir de "l'affrontement sur les arrêtés anti-pesticides", des parlementaires dont le ligérien Matthieu Orphelin proposent d'expérimenter dans 200 territoires une "sortie des phytosanitaires" par des bonnes pratiques, avec une aide financière de l'Etat. Un amendement en ce sens sera déposé pour la deuxième partie du projet de loi de finances 2020 prochainement examiné en commission.

Le tribunal adminisrtratif de Rennes lui devrait rendre sa décision dans 15 jours, sur l'arrêté du maire de Langouët. De leur côté, la FNSEA et JA prévoient une nouvelle journée d'action la semaine prochaine, le 22 octobre. Le lieu et les modalités ne sont pas encore connus.