Les masques jetables sont réutilisables, si si !!

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19 octobre 2020
Par Emilie PLANTARD
Un collectif spontané de chercheurs bénévoles a mis en ligne un site internet ludique autour de la transmission de la Covid-19, après avoir épluché et vulgarisé les publications scientifiques. Une de leurs dernières notes est formelle, on peut réutiliser nos masques jetables. On vous explique pourquoi et comment !

Vous le faisiez peut-être déjà… Mais cette fois vous ne culpabiliser plus. Oui, il est tout à fait possible de garder les masques jetables et les réutiliser et ce sont des chercheurs qui le disent. Ils sont un petit groupe de chercheurs, dont un est basé à Rennes, qui, bénévolement, lisent les publications dédiées à la Covid-19, publiées (en anglais) dans les revues scientifiques et les digèrent afin de retranscrire les bonnes pratiques sur un site internet. Ajoutez à cela un peu de bon sens, et cela répond à des questions toutes simples comme, comment bien se laver les mains, peut-on se contaminer avec son courrier ou comment se retrouver en famille ? Parmi elles, peut-on réutiliser un masque ? La réponse est OUI ! Et c’est Denis Corpet, ancien chercheur à l’INRA et professeur d’hygiène à la retraite, qui y a répondu. Il nous explique pourquoi.


"Ce qui attire les virus, ce qui les filtre, c’est très peu l’effet passoire, ce qui le bloque c’est un effet électrostatique. Il y a 3 couches dans les masques chirurgicaux. La couche du milieu, en polypropylène, elle été fabriquée en émettant un champ électrique très fort, et donc elle est chargée électrostatiquement, un peu comme un aimant permanent, un électret qui attire en permanence ces petites particules et ne se désactive que si on plonge le masque dans l’eau ou dans l’alcool. Mais tant qu’il est sec ou qu’on le refait sécher, l’électret reste actif et donc le masque reste actif."

Quasiment aucun risque

Alors bien sûr, cela ne doit pas empêcher des règles d’hygiène de base qui veulent qu’on échange pas de masque avec quelqu’un.
Sans contamination, il suffit donc de le faire sécher pour que le masque soit de nouveau efficace. En cas de risque de contamination mesurée, c’est-à-dire en ayant respecté les gestes barrière, il s’agit d’attendre que le virus meure, tout simplement :


"Nous ce qu’on propose, c’est que pour des masques qui sont utilisés dans la vie courante, qui ne sont pas très fortement contaminés, on n’est pas en face d’un malade qui va nous tousser plusieurs fois dessus, comme le serait un médecin en réanimation, on est face à des gens de qui on ne s’approche pas, qui sont dans la rue, notre masque ne va pas être très contaminé, au bout de 7 jours, on est quasiment sûrs qu’il n’y a plus de virus à l’extérieur et à l’intérieur c’est sûr qu’il n’y en a plus parce que la couche interne se décontamine plus vite. Donc on profite du fait que le virus meure spontanément en moins de 7 jours sur un masque, pour garder nos masques 7 jours avant de les reprendre."

Une habitude à prendre

Et pour ça, l’ancien chercheur en alimentation et cancers a une astuce, l’enveloppe, et plus précisément l’enveloppe kraft. En effet, le papier, contrairement au plastique, permet l’aération et donc le séchage du masque mais aussi son isolement. Il nous explique comment il procède chez lui :


"Concrètement, je rentre d’avoir fait les courses, je mets mon masque bien à plat dans une enveloppe en papier et j’écris : Courses, 16 octobre, telle heure. Cette enveloppe je la mets sur une table spéciale, où il y a une pile d’enveloppes, je la mets en dessous de la pile et la fois d’après quand j’ai besoin de ressortir, je prends l’enveloppe qu’il y a au-dessus de la pile, il y a un masque dedans qui attend depuis plus d’une semaine et donc il est décontaminé, il est bien sec, il est bien plat, il est bien propre, il est comme neuf. Et ça, je peux le faire plusieurs fois et selon les articles scientifiques, là on se base sur des recherches qui ont été faites sur les masques, il pourrait servir pendant 20 ou 30 fois. Tant qu’il n’est pas sali ou abimé, il peut servir."
Attention toutefois à la saleté, c’est important puisqu’elle peut entretenir le virus, qui resterait alors actif, au-delà de 7 jours.

Les masques en tissu moins efficaces

Toutes ces informations sont bien sûr à mettre dans un contexte favorable, à savoir que la conservation du masque ne doit pas concerner les soignants, les personnes en contact avec des personnes fragiles ou les personnes fragiles elles-mêmes. Dès que vous avez un doute, il est bien sûr préférable de jeter le masque. Toutefois, si l’impact écologique de cette crise sanitaire vous concerne, il est intéressant d’appliquer cette technique en complément des masques en tissu, moins confortables et surtout moins efficaces que les masques chirurgicaux.


"Les masques en tissu empêchent les postillons de partir vers les gens, mais si vous êtes dans une pièce pas très grande, où il y a plusieurs personnes, s’il y a un malade, il ne va pas vous cracher dessus parce qu’il aura un masque mais l’aérosol, imaginez la fumée d’une cigarette, son aérosol contaminant va sortir sur les côtés de son masque ou va passer à travers et donc les autres gens vont le respirer. Ça transmets moins le virus que les postillons directs mais c’est quand même suffisant pour être malade, et augmenter l’épidémie. Alors que le masque chirurgical, cette attraction électrostatique va faire que l’aérosol ne va pas arriver jusqu’à vos poumons. Donc je pense que c’est mieux niveau protection d’avoir un masque chirurgical. Ensuite, c’est plus joli et plus écolo d’avoir des masques en tissu… Mais ça protège moins."

Faites donc votre choix, peut-être le masque en tissu dans la rue et le masque chirurgical dans les transports… ? en tous cas cette information devrait dépanner quelques parents de collégiens lassés d’acheter des masques !

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