A Saint-Brieuc, un collectif squatte en plein centre-ville

24 février 2020 à 11h35 par Emilie PLANTARD

Depuis près d'1 mois, un groupe d'artistes squat un local de 1200 m2 inoccupé, en plein centre-ville de Saint-Brieuc. Il demande au propriétaire de signer un bail d'occupation précaire. La justice lui donne 2 mois pour évacuer le site.

HIT WEST
Crédit: @Oups

Le 25 janvier dernier, des banderoles sont apparues sur la façade entièrement vitrée de cet immeuble d’une rue commerçante du centre-ville briochin. Elles dénoncent la vacance de plusieurs locaux commerciaux dans la ville, un message d’un collectif improvisé, Oups (Occupation d’Utilité Publique Surprise). Car l’origine de de ce squatte est presque fortuite. Gaspard Verdure, artiste local, cherchait un lieu pour accueillir ses projets de création artistique et a découvert, par hasard, cette plate-forme, vide depuis une trentaine d’années. Rapidement, la décision est prise de l’occuper, puis de prévenir le propriétaire.

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"On l’a contacté pour l’informer de l’occupation du lieu, et qu’on voulait régulariser la situation en négociant une convention d’occupation précaire, le temps qu’il y ait un autre projet, éventuellement un futur acquéreur de ce bâtiment. Et le temps qu’il trouve un projet, nous on l’occupe, on y développe nos activités. Parce que nous, c’est un terrain d’expérimentation artistique donc avec pas mal d’artistes qui n’ont pas les moyens de s’offrir un bâtiment comme ça." 

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Un jugement ordonne l'expulsion

Mais le propriétaire ne semble pas l’entendre de cette oreille. C’est donc le tribunal qui a statué le 17 février : Il laisse un délai de 2 mois au collectif pour libérer les lieux. Du temps que le collectif compte bien utiliser. 

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"On va accueillir des artistes en résidence, il va se passer plein de choses à l’intérieur. Et puis pendant ces 2 mois, on va essayer de trouver un terrain d’entente avec le propriétaire. Essayer de lui faire entendre qu’on est sérieux, qu’on est prêts à contribuer financièrement, à des conditions qui nous arrangent mais il vaut mieux qu’il ait quelqu’un dans son bâtiment qui lui paie un petit loyer plutôt qu’il soit vide. On est sur des activités qui ont des économies fragiles. On n’est pas sur du commerce, on est sur des activités artistiques, culturelles, qui ont une économie, mais pas celles d’un commerce." 

Opportunité électorale

Face à ces contraintes économiques, les artistes sont donc habitués à s’adapter. Eventuellement en profitant de la vacance provisoire de certains lieux, relativement fréquente sur les territoires, quitte à déménager régulièrement. Et les municipales sont une période idéale pour mettre le sujet sur la table.

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"Les élus et les candidats s’intéressent à la question, en tous cas ils ne peuvent pas la balayer parce que ce sont des actions fortes. Leurs réactions sont attendues. Et on a reçu la visite de beaucoup de candidats, d’élus, au département, à la ville, qui sont venus écouter le Oups. Aucun ne nous a jugé de manière négative, en tous cas ils ont à l’écoute. Le calendrier est plutôt heureux."

Le collectif invite les briochins

Les membres du collectif ne sont pas barricadés dans cette occupation illégale, ils laissent la porte ouverte et invitent toutes celles et ceux qui voudraient discuter de cette cause, à passer une tête.

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"Les curieux, même les sceptiques, peuvent venir voir d’eux-mêmes pour se rendre compte de la réalité de ce qu’on y fait. Et puis sortir éventuellement de certains fantasmes, il y a aussi les détracteurs de ce qu’on fait qui voient que des squatteurs dégueulasse, dogués… On a le droit à tous ces clichés. Il faut savoir qu’à côté de ce Oups, on a tous des activités dans les clous, depuis des années. On butte sur des problèmes de logements et on veut faire bouger les lignes de la ville."

Un autre immeuble inhabité est actuellement squatté à Saint-Brieuc, la « Baie-rouge ». Problématiques d’accueil de résidence artistique ou de logement, même combat, que le collectif Oups a décidé de mener, rue st Guillaume à Saint-Brieuc.