Bretagne

A Nantes, les Urgences souffrent autant que les patients

12 juin 2019 à 14h00 Par Emilie PLANTARD
Crédit photo : Hit West

Comme à Brest, Saint-Brieuc, Rennes, Vannes ou Quimper, le personnel du service des urgences du CHU de Nantes s’est mis en grève (le 30 avril dernier) et compte tenir le mouvement tant qu’on ne leur propose pas de vraies avancées.

Mardi soir à 22H, devant le service des urgences du CHU de Nantes, le va-et-vient des ambulances et des patients est quasiment incessant. Difficile dans ce contexte de demander au personnel de prendre du temps pour répondre à quelques questions… Mais le ras-le-bol doit être connu. Alors Manuela, infirmière de nuit au service des urgences de Nantes depuis 3 ans, sort quelques minutes pour expliquer son quotidien et celui de ses collègues. La peur de mal faire ? Elle est permanente. La ministre de la santé, Agnès Buzyn ? Difficile de contenir sa colère quand elle l’écoute…

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"Ca se concrétise avec des gens un peu partout dans les Urgences. On a des alcoves dans la zone d'accueil qui sont très rapidement remplis donc les gens on les mets dans le couloir donc on n'a pu de visuel sur eux et bien souvent des gens qui devraient être pris en charge entre 20 et 60 minutes, doivent attendre des heures... Parfois on demande aux familles de nous prévenir quand ça va moins bien. Quand on voit ce qui s'est passé à Paris, c'est notre crainte forcément. Ce n'est pas de la marchandise qu'on a, ce sont des êtres humains donc on a tout le temps en tête la possibilité de faire une erreur... Et ça arrive souvent que l'état de certains patients se dégrade donc oui, on l'a en tête. A chaque fois que Mme Buzyn parle, c'est un peu plus de colère. elle dit qu'elle nous comprend mais non. Elle ne nous comprend pas. Elle est à côté de la plaque quand elle dit qu'il n'y aura plus personne dans les brancards, c'est déjà ce qu'on fait les lits de chirurgie sont pris, les patients sont hébergés dans d'autres services... Et quand elle dit que ce n'est pas une prime qui fera aller mieux les choses, c'est aussi une manière de reconnaître les difficultés du travail et notre spécificité. Oui j'aimerais bien qu'elle vienne voir la réalité du quotidien !"

Fatigue, souffrance, maltraitance...

Alors que Manuela repart rapidement rejoindre son poste auprès de ses patients, Christophe Le Tallec, prend le relai. Il est aide-soignant et représentant de l’Inter-Urgences pour les Pays-de-la-Loire, le collectif de para-médicaux monté au début du conflit. Pour lui, le malaise date de plusieurs années mais les mesures pansement prises ici ou là ne suffisent plus. Aujourd’hui, il faut du personnel supplémentaire, c’est indispensable, mais également des lits pour accueillir les patients. Au quotidien, la souffrance est partout aux urgences.

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"Aujourd'hui ce qu'on veut c'est des moyens en personnel pour travailler, des lits d'aval parce que oui, on manque de lits. La situation ce soir par exemple au CHU de Nantes : Nous avons 116 présents dans les Urgences, 21 patients en file d'attente avant d'être vu par des médecins, 17 en attente de lit dans les couloirs et ce soir nous avons 3 lits de médecine, 2 lits de médecine gériatrique et 1 lit de chirurgie donc il y a un problème.

Moi j'ai vu des collègues arriver au travail en pleurant, ce n'est pas normal. J'ai des collègues qui m'ont dit qu'ils mettaient des couches à des patients qui n'étaient pas incontinents. Ca c'est de la maltraitance. Il faut mettre des mots sur le quotidien de nos gestes. Aujourd'hui on ne peut pas fonctionner de façon humaine. C'est vrai aux urgences et c'est vrai dans d'autres services hospitaliers. ..."

A Nantes, Inter-Urgences évalue les besoins à 7 infirmier(e)s et 5 aides-soignant(e)s équivalents temps-pleins. Des négociations sont actuellement en cours.

Christophe Le Tallec tire la sonnette d'alarme.