Les salles de loisirs ne sont pas à la fête

15 mai 2021 à 15h41 par Dolorès CHARLES

Ils se voient comme les autres grands oubliés du secteur des loisirs : les laser game, escape game, salles de jeux pour enfants et autres trampoline parcs préparent la réouverture dans l'inquiétude... Reportage de Yann Launay.

Avec 12 mois de fermeture sur 18 depuis début 2020, les salles de loisir se retrouvent dans une situation critique. Kristell Noël avait ouvert "Alre Kids", une salle de loisirs pour enfants, 6 mois seulement avant le début de la pandémie en France :

"On a été fermés, puis on nous a laissé rouvrir en période d'été, qui n'est pas du tout notre saison, avec des charges pas possibles : on avait des aides pour 1500 euros par mois, et en moyenne dans les parcs on est entre 15 et 20 000 euros de charges par mois. On s'est retrouvés à demander des PGE (prêts garantis par l'Etat), pour moi un troisième prêt sur le dos. On va ouvrir avec des dettes sur une période qui n'est pas la nôtre. Des laser game, des escape game ne sont pas sûrs de pouvoir tenir jusqu'à cet été, parce que les aides ne tombent pas. J'essaye de rester positive mais toujours avec la boule au ventre."

Kristell Noël
Kristell Noël
Crédit: Yann Launay-Hit West

La réouverture, ce sera normalement pour le 9 juin, mais les perspectives ne sont pas très encourageantes :

"On nous parle de 50% de jauge, mais ce n'est pas écrit.. Pour l'instant, on part comme ça. La perspective, c'est de refaire les anniversaires : on avait 100 anniversaires annulés entre mars-avril 2020. J'ai recontacté tous les clients pour leur dire qu'on réouvrait. Ce que l'on espère, c'est que l'Etat continue les aides, cela devrait tenir sur le mois de juin, mais quand on va repartir en juillet, même à 100%, c'est notre période creuse. On réouvre sur nos mois creux, avec des dettes. ça va être compliqué."

Kristell Noël
Kristell Noël
Crédit: Yann Launay-Hit West

Kristell regrette l'aide trop limitée de l'Etat pour les salles de loisirs, et regrette que le gouvernement ait tablé sur une solidarité entre professionnels, solidarité qui n'est pas toujours évidente. La perspective de se remettre à flots financièrement est désormais très lointaine pour Kristell :

"Tous les fournisseurs avaient besoin qu'on les paie. Le propriétaire (des murs) aussi est venu : j'ai eu les huissiers à la porte plusieurs fois. N'ayant plus de visibilité pour savoir comment demain on va fonctionner. Une entreprise, en moyenne, au départ, sans pandémie, commence à voir le jour au bout de 5 ans. Donc imaginez, en ayant déjà perdu 2 ans, on repartirait sur 5 ans, plus le prêt garanti par l'Etat sur le dos, c'est au moins 10 ans. En croisant les doigts qu'on reparte bien, qu'on ne soit plus fermés, que tout roule."

Dans l'Ouest, plusieurs salles de loisirs pourraient mettre la clé sous la porte dans les semaines qui viennent.

Kristell Noël
Kristell Noël
Crédit: Yann Launay-Hit West