Le zoo de Pont-scorff : point sur les dossiers de reprise

7 mai 2021 à 7h10 - Modifié : 7 mai 2021 à 16h13 par Dolorès CHARLES

Zoo de pont Scorff
Zoo de pont Scorff
Crédit: Zoo de pont Scorff

Le zoo de Pont Scorff échappera peut-être à la fermeture définitive : quatre candidats ont déposé un dossier de reprise, auprès du tribunal de commerce de Lorient. Un dossier polémique. Le point avec Yann Launay.

Le point sur le zoo de Pont-Scorff. Le zoo morbihannais avait été racheté fin 2019 par un groupe d'associations, grâce à des dons. L'objectif de cette coalition, baptisée "Rewild" (réensauvagement) était de faire de Pont-Scorff un lieu d'accueil pour les animaux saisis par la justice et de rendre à la vie sauvage ceux qui pouvaient l'être. Mais un peu plus d'un an plus tard, le zoo est placé en liquidation judiciaire, sur fond de conflit entre les ONG portant le projet.

Quatre candidats à la reprise

Parmi les candidats à la reprise, on trouve un investisseur hollandais, un entrepreneur costarmoricain, l'ONG Sea Shepherd, partie prenante du projet Rewild, et qui souhaite poursuivre l'aventure seule. Un dossier concurrent a aussi été déposé par les salariés eux-mêmes : ils sont encore une douzaine sur place, pour soigner les animaux et maintenir les installations. Neuf d'entre eux veulent créer une Scop (société coopérative et participative) pour poursuivre l'œuvre de Rewild en complète indépendance. Certains soigneurs étaient pourtant déjà présents à l'époque du zoo traditionnel : c'est le cas de Coralie, une Lorientaise qui travaille depuis 9 ans à Pont-Scorff, mais qui ne veut plus du zoo classique :

"Déjà, en étant soigneur, à plusieurs reprises je me suis demandée ce que je faisais en parc zoologique. De voir les animaux tourner en rond dans leur enclos, ça fait mal au coeur, on se dit qu'ils n'ont rien à faire là... Je faisais les spectacles avec les otaries : les obliger à toucher un ballon ou à faire des pirouettes, je n'ai plus envie de ça..."

Coralie 1
Coralie 1
Crédit: Coralie 1

Un projet de SCOP

Le projet de Scop porté par les salariés reprend les grands axes du projet Rewild, en tirant les leçons des difficultés rencontrées depuis décembre 2019. La réouverture au public, par exemple, est impérative, comme l'explique Loïck Aubry, soigneur animalier et "représentant " du personnel :

"Une petite partie sera ouverte au public : on s'est bien rendu compte que le système économique de la donation unique n'était pas fonctionnel, cela fait partie des erreurs de cette phase 1 de Rewild... Il y aura évidemment une réouverture au public, mais pas dans le sens zoo traditionnel : il y aura une partie "mémorial des grands écologistes", une partie expositions, une partie restauration, une partie détente, avec activités d'accrobranche, une partie séminaires, formations, ateliers pédagogiques pour les plus jeunes..."

Loic 1
Loic 1
Crédit: Loic 1

Finalement, le projet des salariés est très proche du projet de Sea Shepherd. Mais Loïck Aubry ne le cache pas : des tensions avec l'ONG et sa présidente française, Lamya Essemlali, ont renforcé la volonté des salariés de voler de leurs propres ailes :

"On ne peut plus continuer ce projet "sous leur joug"... On a fait cette expérience pendant un an, madame Essemlali a été présente pendant 3 mois. Nous avons vu le dossier de reprise qu'elle a présenté : sur toute l'équipe, elle ne désire reprendre que 4 personnes... et pourtant c'est nous qui travaillons avec les animaux tous les jours... Et tout le réseau à l'international avec les grands spécialistes, construit durant l'année écoulée, n'est pas perdu, et personne d'autre ne peut l'entretenir mieux que nous..."

Loïc 2
Loïc 2
Crédit: Loïc 2

Des conditions de vie proches de la vie sauvage

Selon Loïck Aubry, la recherche de solutions a bien avancé pour plusieurs animaux. Leur départ vers des sanctuaires est envisagé, pour qu'ils retrouvent des conditions de vie plus proches de la vie sauvage. C'est le cas par exemple pour l'ours à lunettes Pabla :

"C'est une espèce qui est totalement contre-nature en captivité : pour détenir un ours à lunettes en captivité, il faut médicamenter sa nourriture, parce qu'à l'état sauvage, ils sont censés consommer 30 à 50 racines d'orchidées différentes, en captivité ce n'est pas un régime qui peut leur être proposé. Si on arrêtait de lui apporter ce médicament dans sa nourriture, elle perdrait sa fourrure. On a trouvé un programme potentiel pour la sanctuariser dans un premier temps, en Amérique du Sud..."

Par ailleurs, le projet porté par les salariés prévoit la poursuite des opérations d'insertion, l'accueil de jeunes autistes notamment, que menait historiquement le zoo. Les dossiers de reprise du parc doivent être examinés d'ici la fin du mois de mai par le tribunal de commerce de Lorient.

PRÉCISIONS

Au nom de Sea Shepherd France, Karine tient à préciser quelques points : l'une des 9 personnes en question (apparaissant dans le dossier de reprise), n'est pas salariée mais bénévole. Pour elle, "Loick Aubry est certes représentant non officiel des membres de la SCOP, mais ne représente pas le personnel."

Au sujet du "réseau international fait durant l'année écoulée". Karine dit avoir "travaillé pendant des mois à l'établissement de partenariats internationaux et de projets de ré-ensauvagement ou de sanctuarisation. Les salariés de Bretagne Zoo n'ont aucun contact avec les partenaires internationaux de l'association Rewild.

Elle rappelle que ni "Mme Essemlali ni l'association Sea Shepherd n'ont eu un quelconque pouvoir de décision au sein de Bretagne Zoo. Le seul et unique décideur était Jérôme Pensu, gérant de l'entreprise actuellement en liquidation judiciaire."

Le replay du dossier est à retrouver sur notre site - rubrique "Sur Place ou à emporter"