Pays de la Loire

Une manifestation de soutien, après l'expulsion des migrants à Nantes

07 mars 2018 à 10h54 Par Dolorès CHARLES
Crédit photo : police 44 - twitter

« La préfecture et la Présidence de l’Université s’accordent sur la lâcheté ! » pour l’UNEF. Les réactions n’ont pas tardé après l’expulsion de la centaine de jeunes migrants des sites de l’Université ce matin. Une manifestation de soutien a eu lieu hier soir.

L’expulsion des migrants a finalement eu lieu tôt ce matin, au lendemain d’un courrier de l’Intersyndicale envoyé à la Préfète de Loire-Atlantique, Nicole Klein, pour refuser "toute intervention policière et un relogement digne". Plusieurs centaines de policiers ont été mobilisés pour expulser la centaine de jeunes migrants, qui occupaient depuis l’automne des bâtiments de l’Université de Nantes, la Censive et le château du Tertre.

Hier soir, une manifestation de soutien aux jeunes migrants a réuni 200 personnes devant la Préfecture à Nantes. Ils réclament des hébergements d’urgence pour les 112 migrants délogés par les CRS. Olivier Laboux, le président de la Fac assume « ces locaux n’ont pas vocation à devenir des centres d’accueil d’urgence. » Quant à l’UNEF, l’Intersyndicale ou la Ligue des Droits de l’homme, elles se disent indignées, et elles ont entre autres dénoncé hier, par voie de communiqué, cette expulsion sans solution de relogement. "La Préfecture fait le choix de la honte", pour Génération-s Loire-Atlantique, "Les expulsions sans solution, ça suffit ! pour la LDH 44, "La préfecture et la Présidence de l’Université s’accordent sur la lâcheté !" pour l’UNEF.

Voici le communiqué de l'UNEF :

"Expulsion des migrant-e-s : la préfecture et la présidence de l’Université de Nantes s’accordent sur la lâcheté !

À 7h30, ce matin, a eu lieu un acte inqualifiable et injustifiable ! Des femmes, des enfants, des familles, des jeunes et mineur-e-s isolé-e-s, se sont vu retirés les maigres ressources et repères qu’ils-elles s’étaient construit-e-s. Aujourd’hui, à Nantes, sur le campus de Tertre et de Censive, l’Université de Nantes avec à la barre son président Olivier LABOUX ont permis aux forces de l’ordre d’intervenir pour expulser les réfugié-e-s sans avoir ne serait-ce qu’assurer un minimum de dialogue avec ces dernier-e-s.

La préfète de Loire –Atlantique, Nicole KLEIN, se rend désormais pleinement complice des décisions inhumaines de la présidence.
Nous connaissons les épreuves et violences qu’ont endossaient ces migrant-e-s n’ayant comme aspiration que de fuir la misère ou des conflits souvent dans des conditions déjà sommaires et dangereuses. Comment est-il envisageable que l’État Français n’accueille
pas dans de bonnes conditions toutes ces personnes en quête d’un avenir sécurisé et prospère ?

Nous, étudiant-e-s et représentant-e-s du syndicat étudiant UNEF, ne pouvons accepter cette violence aveugle sans riposte. Les justifications pour tenter de couvrir l’impardonnable nous paraissent incohérentes et insultantes. Nous sommes en pleine
période de trêve hivernale ce qui remet en cause l’intégrité physique de ces personnes remises aujourd’hui à la rue.

Les cours, les examens, la sécurité et le bon fonctionnement de l’Université n’ont jamais été entachés par ses hébergements solidaires et il nous semble impertinent de la part de la présidence de se fourvoyer derrières des diffamations d’atteinte à la sécurité du
personnel et d’amalgames entretenus avec les mouvements étudiants et blocus organisés contre la loi ORE ces dernières semaines comme le laisser présager le président lors de son dernier mail interne.

Depuis quelques mois, les étudiant-e-s et les personnels s’organisent, s’informent et manifestent leur opposition aux réformes et politiques de jeunesse de Macron et de son gouvernement, mais la vie et la protection des migrant-e-s ne doivent pas être remis en
cause par une volonté de briser les mobilisations étudiantes, tout en masquant le manque d’humanisme criant de la présidence.
Les forces de l’ordre ont déployé un dispositif disproportionné. Ces jeunes et familles se sont vus réveillés et expulsés de force de leurs refuges. Plus d’une trentaine de camions de CRS et un canon à eau ont été déployés sur les sites, déshumanisant complètement les migrant-e-s et les criminalisant. La honte est du côté de la préfecture et de la présidence d’avoir recours à de telles pratiques pour conduire cet acte odieux. Des camions de déménagement sont loués pour débarrasser les affaires des migrant-e-s et s’assurer que
toute trace de cette mobilisation de solidarité soit effacée pour la rentrée , sous les yeux satisfaits et soulagés de Paul Fattal, Vice Président Qualité et Développement Durable.

Et maintenant, quelles solutions pour ces personnes en souffrance ? Silence total, voilà la nouvelle politique délégataire conduite par Emmanuel Macron pour venir en aide aux plus précaires. L’attaque est multi-frontale. Les jeunes sont visés avec une précarité
toujours plus grandissante et une réforme visant à casser les ambitions et chances de réussite, pas plus que les plus précaires qu’on étouffe sous le joug de la loi travail et de la casse des services publics, ni non plus les migrant-e-s et les sans-abris qui sont laissés à
la place de « dernier-e-s de cordée » sans ressource, ni assistance.

Aujourd’hui, toute mobilisation de soutien ou de contestation se voit farouchement réprimandée, en témoignent l’escalade des manœuvres policières et l’utilisation de dispositifs de plus en plus violents. L’UNEF s’inquiète de la tournure que prend cette mobilisation de soutien aux migrant-es et craint que ce dossier se retrouve à nouveau enfoui pour masquer l’incompétence de
l’État à prendre en charge les besoins primaires de toutes et tous.

L’UNEF réitère, à travers la demande formulée par l’intersyndicale élargie, sa volonté de voir le plus rapidement possible l’ouverture de tables rondes pour mettre tous les acteurs et actrices au travail pour trouver des solutions. L’UNEF reconduit son plus sincère soutien aux personnes ayant été expulsées ce matin  et dont les rêves se retrouvent à nouveau brisés. Nous resterons à disposition pour continuer à inscrire les jeunes à l’Université pour la rentrée prochaine.

La solidarité et l’entraide primeront sur la lâcheté."