NDDL : Le Parlement des Territoires convoqué ce matin à Nantes

Christelle Morançais
12 février 2018
Par Dolorès CHARLES
Le "Parlement des Territoires" est convoqué ce matin à Nantes, après l'abandon du projet d'aéroport à Notre Dame des Landes.

C’est une première… Elle l’avait annoncé après l’abandon du projet d’aéroport, la présidente de Région Christelle Morançais réunit aujourd’hui à Nantes un « Parlement des Territoires », il s’agit en fait d’une grande concertation, avec les élus, les acteurs économiques, et de l’enseignement supérieur et de la Recherche, etc. Chacun fera ses propositions pour préparer l’avenir de la Région.

Le communiqué de la Région

"Comme elle s’y était engagée après l’annonce du gouvernement d’abandonner le projet de transfert d’aéroport à Notre‐Dame‐des‐Landes, Christelle Morançais, présidente de la Région des pays de la Loire réunit un  « Parlement des Territoires » ce lundi 12 février pour construire le Contrat d’avenir des Pays de la Loire dans une démarche de large concertation avec l’ensemble des acteurs ligériens. 
Ce Parlement réunit la Préfète de région, les Présidents de départements, la Présidente de la métropole nantaise et les Présidents des agglomérations, les représentants des collectivités locales et des groupes politiques de la Région, mais aussi les représentants du monde économique et  les présidents des universités et les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ils feront part de leurs propositions pour définir les grandes orientations du Contrat d’avenir des Pays de la Loire. La demande d’un délai supplémentaire pour l’adoption du Schéma régional d’aménagement de développement durable et d'égalité des territoires des Pays de la Loire (SRADDET) sera également abordée, pour laisser à l’ensemble des acteurs des territoires le temps de bâtir une nouvelle vision pour les Pays de la Loire."

Forte mobilisation ce week-end sur la ZAD pour fêter l'abandon du projet

C’était la fête à Notre-Dame-des-Landes ! Une maquette du projet d'aéroport a été brûlée en musique, ce week-end sur la ZAD, où environ 30 à 40.000 personnes (8.500 selon la Préfecture) se sont réunies pour se réjouir de l’abandon de l’aéroport du Grand Ouest… 50 cars venus de toute la France ont participé à l’évènement. Il y avait aussi des opposants au projet de centrale à gaz de Landivisiau, au projet de parc d'attraction de Guipry-Messac, ou de la ferme des mille vaches… Un rassemblement aussi pour "enraciner l'avenir". Les opposants ont réaffirmé leur refus des expulsions, à compter de la fin mars (après la trêve hivernale). Ils exigent également le gel de la redistribution institutionnelle des terres, et l'amnistie des procédures engagées dans le cadre de la lutte contre le projet d'aéroport.

Le communiqué du mouvement contre l'aéroport (Acipa, Adeca, Copain44, Naturalistes en lutte, habitant.e.s et occupant.e.s de la zad, Coordination des orgas opposantes)

"Bonsoir à tous/toutes ! Et tout d'abord un immense merci pour votre
présence !

Lorsque nous avons choisi ce slogan pour notre rassemblement « Nddl
enracinons l'avenir » nous étions
encore dans cette interminable période où nous attendions et espérions
l'annonce de l'abandon, sans encore
oser y croire. Nous avons fait ce choix moins parce qu'il nous semblait
pertinent pour tous les cas de figure
possibles que parce que depuis de longues années déjà nous nous
projetons vers l'avenir.
Aujourd'hui, la victoire est totale pour ce qui était la première phase
de notre lutte : l'abandon de l'aéroport
confirmée par l'expiration de la Déclaration d'Utilité Publique (DUP).
Nous la fêtons ensemble aujourd'hui,
dans un soulagement immense, dans les cris, les pleurs, les étreintes
avec vous tous/toutes qui nous avez
soutenu-e-s.

Cette première phase a été une lutte populaire et fraternelle, qui au
fil des années a su faire agir côte à côte
ce que nous avons appelé ses « composantes » formelles ou moins
formelles. Ce sont des paysan-ne-s, des
propriétaires, des citoyen-ne-s de la région, des associations et
organisations syndicales (paysannes et
ouvrières), environnementales, citoyennes, politiques, d'élus... sans
oublier des collectifs à base
professionnelle (juristes, pilotes, chefs d'entreprise... ), les bien
nommé-e-s « naturalistes en lutte », les
occupant-e-s venus défendre la zone à partir de 2007, les paysan-ne-s de
COPAIN, les 200 collectifs Nddl
créés partout en France. Cette liste est non chronologique et non
exhaustive, tant toutes les énergies se sont
interpénétrées avec des formes d’actions très différentes pour parvenir
à la première victoire : l'abandon du
projet d'aéroport. La DUP, cet outil de destruction préméditée, ce
véritable vol de terres au profit d’intérêts
privés sous couvert d'Utilité Publique, a expiré hier. Les mensonges de
l’État et la faillite de ses procédures
de décision ont éclaté aux yeux de tous.

Aujourd'hui, le mouvement a dégagé collectivement la D281 pour rendre à
ses usager.es/voisin.es la
possibilité d'une utilisation partagée. Il faut répondre à leurs besoins
de circulation et prendre en compte les
problèmes de sécurité des riverains (ralentisseurs, limitations de
vitesse, corridors pour amphibiens et autres
hôtes du bocage..), tout ceci en discussion entre les services de l’État
et les Naturalistes en Lutte
notamment. Les divers chantiers nécessaires à la remise en état de la
route sont en cours, . Ils vont durer
encore plusieurs semaines.

Cette victoire, nous la fêtons dans une ambiance particulière, car nous
sommes trois jours avant le mardi
gras, en pleine période de carnaval. C'est la fête des humbles chahutant
les puissants, la fête des passages,
où une saison vient de se finir sans que l'on ait encore basculé dans la
suivante. La fin de cette lutte d’un
demi-siècle contre l’aéroport laisse place à de nouveaux enjeux et
combats, ici et ailleurs. Le carnaval ne
célèbre pas un changement d’ère, il l’accompagne, voire le suscite.

Nous sommes ici pour enraciner l'avenir : car enracinés, nous le sommes
depuis longtemps déjà, enracinés
par nos pères et mèresdans ces landes qu'ils ont travaillées, choyées...
Ils et elles sont présent-e-s ici avec
nous, comme le sont tant de camarades qui ont puisé sans compter dans
leurs forces pour notre lutte. Nous
avons une pensée très forte pour tous ceux et celles qui nous ont
quitté-e-s avant de voir notre victoire
Enraciné-e-s, nous le serons plus encore par tous ces arbres dont nous
allons prendre soin et que nous
planterons dès que le temps le permettra.

Ces plantes sont venues de partout, certaines apportées par des
collectifs venu s d'autres luttes. Nous avons
très délibérément placé notre fête de la victoire sous le signe de la
solidarité avec ces collectifs . Cette
solidarité s'est construite depuis longtemps déjà, lorsque nous nous
sommes rendu-e-s compte très
concrètement à travers nos rencontres que nous racontions touset toutes
la même histoire : destruction de
terres nourricières et de bio-diversité, gaspillage d'argent public,
mépris des populations, cadeaux à Vinci ou
à d'autres multinationales, sans compter la folie des projets liés au
nucléaire...

Dans notre fête de ce jour, nous avons tenu à laisser une large parole à
ces luttes sœurs, qui portent leursmessages depuis ce matin dans les
déambulations, qui ont brûlé avec nous les projets dont elles exigent la
disparition. Elles nous ont soutenu-e-s, nous ont inspiré-e-s autant que
nous-mêmes avons pu le faire.
Nous les invitons à saisir avant leur départ, si elles le souhaitent,
les bâtons plantés le 8 octobre 2016, gages
de notre serment de défendre le bocage de Nddl. Ils deviendront ainsi
les gages de notre solidarité vis-à-vis
d'eux. Ils deviendront les canaux de ce grand réseau de luttes par où
circulera notre commune énergie...
Saluons la présence de camarades en lutte contre différents projets :
projet d'enfouissement nucléaire à
Bure, LGV Lyon-Turin, projet de centrale à gaz de Landivisiau, projet de
parc d'attraction de Guipry-
Messac, projet de Central Parc de Roybons, la ferme des mille vaches
Pour toutes ces luttes sœurs, nous sommes là, nous serons là !

Enfin voici les principaux éléments sur le projet d'avenir commun que
nous envisageons pour la zad. Une
délégation commune du mouvement est prête à le porter auprès des
différentes structures institutionnelles
qui se penchent déjà sur la propriété des terres, sur leur usage et
celui des communs de la zad...
Dans l'objectif de la réalisation de nos six points, nous avons envisagé
deux étapes principales :
La première étape qui s’ouvre aujourd’hui concerne en priorité l'usage
des terres et des communs. Elle a
quelques objectifs majeurs.

Nous voulons faire entendre le plus rapidement possible notre refus
d'expulsions qui n'ont plus
aucune raison d'être une fois acté l'abandon du projet. La date annoncée
du 31 mars est très proche.

Et ce message doit être entendu immédiatement. c’est l’une des raisons
de cette mobilisation.
– Nous voulons que les habitant-e-s qui le souhaitent puissent se
projeter dans un avenir commun sur
la zad,. Cet avenir sera construit de manière collective et solidaire.
Nous veillerons à la sauvegarde
des éléments naturels fragiles.

– Pour obtenir cela, dans l'immédiat nous exigeons le gel de la
redistribution institutionnelle des
terres. afin qu'elles n'aillent pas à l'agrandissement d'exploitations
déjà existantes.

– La création d'une entité juridique provisoire, reconnue et
représentative de l'ensemble du
mouvement, est en cours. Elle doit permettre de réaliser les actes
officiels concernant la zone : des
mandats de gestion des terres ou des communs, des signatures de
convention précaires
d'exploitation... Il s'agit de permettre par le biais de cette
association la meilleure protection possible
pour tous les types de projets, agricoles ou non agricoles,
conventionnels ou hors cadre... Cela peut
se faire en particulier par la reconnaissance d'un droit
d'expérimentation sur la zone. Il s'agit
d'élargir les possibles.

– Cette première étape devra également porter une exigence d'amnistie
pour les faits et procédures
engagées dans le cadre de la lutte contre le projet d'aéroport.
Tous ces points exigeront un important travail collectif, le maintien du
rapport de force que nous avons su
créer, et votre soutien à tous et toutes.

La deuxième étape doit nous permettre la mise en place d'une entité
pérenne issue du mouvement qui
prenne en charge les terres de la zad. Il nous faut du temps pour bâtir
cette structure : rappelons que la
solution pour les terres du Larzac par la création de la Société Civile
des Terres du Larzac a mis trois ans à
s'élaborer.

La situation est inédite.Il va être très long de démêler les questions
de propriété sur la zone, et nous ne
disposons d'aucune jurisprudence.

De nombreuses réflexions, des rencontres avec d'autres lieux, et
d'autres structures (personnes utilisant les
fonds de dotation...) ont déjà eu lieu et vont se poursuivre. Nous
devons exiger du temps.
Nous nous projetons ensemble dans l’avenir, confiant-e-s face à nos
incertitudes, aux difficultés qui ne
manqueront pas de survenir mais que nous saurons dépasser.

Nous sommes au premier jour des saisons futures !"

A Bouguenais, les ex-partisans du transfert de l’aéroport ont symboliquement déposé leurs cartes d’électeurs dans cercueil en bois, pour dénoncer « la trahison de l’Etat. »

J’ajoute que la « route des Chicanes » a été défrichée. Les agents débuteront ce matin le curage des fossés de la RD 281, toujours sous la haute surveillance des gendarmes.