Les premiers mots de Yoann Barbereau

10 novembre 2017
Par Katell LAGRE

C’est une histoire digne d’un polar, avec pour toile de fond la Sibérie, la crise ukrainienne et les BPC que la France refuse de vendre à la Russie…
Au milieu, un Nantais, Yoann Barbereau : directeur de l’Alliance française dans la capitale de la Sibérie orientale, il est accusé d’actes de pédophilie sur sa fille de 5 ans et risque 15 ans de colonie pénitentiaire. Il clame son innocence, dénonce un coup monté des services secrets russes, prend la fuite avant son procès, se réfugie à l’ambassade de France à Moscou, franchit illégalement la frontière, et depuis mercredi, il est de retour en France, près de trois ans après le début de l’histoire…

Aujourd’hui, de retour à Nantes, il accuse la diplomatie française, à l’époque dirigée par Jean-Marc Ayrault, de lâcheté. Il raconte que l’ambassade de France à Moscou a immédiatement prévenu la Russie de son arrivée, alors qu’il s’y était rendu précisément pour échapper aux autorités russes…

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« On m’a empêché d’organiser moi-même ma fuite : je ne serai jamais entré dans l’ambassade si on m’avait dit qu’on allait me lâcher et prévenir les Russes 15 minutes après. Cet aspect-là de l’histoire, il est injustifiable côté français ».

Aujourd’hui, Yoann Barbereau veut que le dossier judiciaire soit transféré de la Russie à la France, et que les sanctions à son encontre soit levées…

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« J’attends d’être lavé de toute accusation et de toute condamnation, et de retrouver une liberté de mouvement totale. Là, je suis libre, mais je ne suis pas libre de mes mouvements tant que la notice rouge Interpol court, et que le mandat international existe ».

Une plainte sera également déposée en France, a annoncé l’avocat de Yoann Barbereau : pour violences en réunion lors de son arrestation, extorsion au cours de la procédure, piratage informatique et atteinte à la vie privée.

Cette histoire a connu de multiples épisodes. Le dernier n’est pas le moins rocambolesque : Yoann Barbereau raconte comment, la semaine dernière, il a quitté l’ambassade où il était réfugié depuis un an, pour franchir la frontière russe et gagner l’Europe.

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« J’ai décidé de quitter l’ambassade de France en Russie discrètement, par mes propres moyens, sans même que eux ne le sachent. Pendant une journée, j’ai acheté le matériel dont j’avais besoin, et je suis parti en direction de la frontière, après l’étude de cartes et de plans, et je suis parti dans la forêt. J’ai rencontré des loups, mais les loups ne s’attaquent pas à l’homme. Ce que je craignais, c’était de me faire tirer dessus. J’ai vraiment risqué ma vie. C’est un endroit où on tire, et où il y a des morts ».

Yoann Barbereau veut que toutes les sanctions à son encontre soient levées. Et il veut surtout revoir sa fille, qui vit désormais à Londres, avec sa mère…

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« Ma priorité, c’est de renouer des liens avec ma fille. Il y a eu des phases où j’étais en contact avec elle, d’autres phases où c’était plus compliqué. Il faut imaginer ce qu’il se passe dans la tête d’une petite fille, entre 5 et 8 ans. Elle a très bien compris qu’on avait utilisé une photo où elle apparaissait avec moi, donc pendant toute une période, elle refusait toute photo. Pour elle, ça représentait un danger. Donc voilà : je vais reprendre contact avec elle, petit à petit. Je vais la revoir assez vite ».

Reportage de Charlotte David